Un combat avec le stylo et avec la parole

A l’initiative de cette rencontre se trouve la compagnie théâtrale La Soupe, qui présentera en décembre 2018 au théâtre de la Méridienne à Lunéville son spectacle « Je hurle » à partir de poèmes écrits par Mirman Baheer. Le metteur en scène de la compagnie fait remarquer aux élèves qu’en France, écrire de la poésie pour les adolescents est souvent ringard ; en Afghanistan, écrire de la poésie devient un acte héroïque. Et le metteur en scène de nous pousser à nous interroger : « Qu’est-ce que ça veut dire d’être une femme ? Qu’est-ce que ça veut dire résister ? Qu’est-ce que nous dit la poésie sur l’être humain ? La poésie, c’est un combat avec le stylo et avec la parole. » Et Najiba SHARIF d’ajouter : « Les gens fondamentalistes disent que c’est un crime d’écrire des poèmes. Mais elle va continuer notre lutte pour l’égalité des filles et des femmes avec les hommes comme dans les autres pays. »

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Zarmina est comme une Antigone d’aujourd’hui

La compagnie La Soupe a découvert Mirman Baheer par un article du New York Times traduit dans Courrier International en 2012. Cet article raconte l’histoire de Zarmina, poétesse de 17 ans. Un jour, Zarmina dicte au téléphone aux poétesses de Mirman Baheer un poème d’amour qu’elle a écrit. Sa belle-sœur la surprend et la dénonce à sa famille qui croit qu’elle parlait à un garçon. Zarmina est battue par ses frères et ses cahiers de poésie sont brûlés. Zarmina prend alors la terrible décision de s’immoler par le feu. Brûlée à 70%, elle décèdera à l’hôpital des suites de ses blessures. « Zarmina est comme une Antigone d’aujourd’hui, et réelle, une Antigone de la vie quotidienne. Quand quelque chose nous révolte, on n’est pas obligé de l’accepter. Quand quelque chose est insupportable, il faut savoir dire non. Antigone a dit non à un pouvoir établi, un pouvoir stupide qui édictait des lois qui allaient contre sa morale. Au-delà du fait divers tragique, l’histoire de Zarmina est un symbole de lutte, c’est pourquoi on va porter cette histoire à la scène. »

Le poids des traditions et de la famille

Puis les poétesses prennent la parole, Najiba sert d’interprète. Sahera explique la condition des filles et des femmes en Afghanistan : l’école jusqu’à la puberté, environ douze ans, puis la vie de recluse à la maison et le mariage forcé, parfois avec un homme bien plus âgé, qui a payé une dot à la famille, environ 25 000 euros, pour acquérir sa future épouse. « La femme a une valeur marchande. » La société afghane est une société multiethnique avec beaucoup de tribus et de communautés différentes. L’Afghanistan est composé de trente-quatre provinces, un système fédéral où chaque province a ses traditions, son fonctionnement, sa langue et l’Etat n’est pas suffisamment fort pour effacer les différences entre communautés. Sahera et Najiba expliquent aussi qu’en Afhganistan, on est d’abord membre d’une famille avant d’être un individu. Or les lois de la famille, les traditions, sont au-dessus des lois de l’Etat. Au Parlement de Kaboul, les 68 femmes parlementaires sur 249 essaient de faire changer les choses, petit à petit, et de faire évoluer les mentalités. Elles expliquent aussi qu’il ne faut pas confondre cette vision de la société, basée sur des traditions négatives, avec l’Islam.

Ecrire pour se libérer

Pour finir la matinée et avant la dégustation de délicieuses pâtisseries, Najiba et Toorpekaï nous lisent des poèmes en pachtoune puis en français, des poèmes sur l’amour, qui est interdit, des poèmes sur la vie quotidienne, des poèmes sur Malalaï, figure féminine de la résistance contre les Anglais au XIXe siècle et des landaï, courts poèmes de deux vers, non signés. Ainsi on peut dire ce qu’on veut. Pas d’auteur, pas de responsable. La poésie, c’est pour échapper à la prison de leur petite maison ou de leur burqa quand elles peuvent sortir dans la rue. « On écrit pour se libérer. »

Un combat avec le stylo et avec la parole

A l’initiative de cette rencontre se trouve la compagnie théâtrale La Soupe, qui présentera en décembre 2018 au théâtre de la Méridienne à Lunéville son spectacle « Je hurle » à partir de poèmes écrits par Mirman Baheer. Le metteur en scène de la compagnie fait remarquer aux élèves qu’en France, écrire de la poésie pour les adolescents est souvent ringard ; en Afghanistan, écrire de la poésie devient un acte héroïque. Et le metteur en scène de nous pousser à nous interroger : « Qu’est-ce que ça veut dire d’être une femme ? Qu’est-ce que ça veut dire résister ? Qu’est-ce que nous dit la poésie sur l’être humain ? La poésie, c’est un combat avec le stylo et avec la parole. » Et Najiba SHARIF d’ajouter : « Les gens fondamentalistes disent que c’est un crime d’écrire des poèmes. Mais elle va continuer notre lutte pour l’égalité des filles et des femmes avec les hommes comme dans les autres pays. »

Zarmina est comme une Antigone d’aujourd’hui

La compagnie La Soupe a découvert Mirman Baheer par un article du New York Times traduit dans Courrier International en 2012. Cet article raconte l’histoire de Zarmina, poétesse de 17 ans. Un jour, Zarmina dicte au téléphone aux poétesses de Mirman Baheer un poème d’amour qu’elle a écrit. Sa belle-sœur la surprend et la dénonce à sa famille qui croit qu’elle parlait à un garçon. Zarmina est battue par ses frères et ses cahiers de poésie sont brûlés. Zarmina prend alors la terrible décision de s’immoler par le feu. Brûlée à 70%, elle décèdera à l’hôpital des suites de ses blessures. « Zarmina est comme une Antigone d’aujourd’hui, et réelle, une Antigone de la vie quotidienne. Quand quelque chose nous révolte, on n’est pas obligé de l’accepter. Quand quelque chose est insupportable, il faut savoir dire non. Antigone a dit non à un pouvoir établi, un pouvoir stupide qui édictait des lois qui allaient contre sa morale. Au-delà du fait divers tragique, l’histoire de Zarmina est un symbole de lutte, c’est pourquoi on va porter cette histoire à la scène. »

Le poids des traditions et de la famille

Puis les poétesses prennent la parole, Najiba sert d’interprète. Sahera explique la condition des filles et des femmes en Afghanistan : l’école jusqu’à la puberté, environ douze ans, puis la vie de recluse à la maison et le mariage forcé, parfois avec un homme bien plus âgé, qui a payé une dot à la famille, environ 25 000 euros, pour acquérir sa future épouse. « La femme a une valeur marchande. » La société afghane est une société multiethnique avec beaucoup de tribus et de communautés différentes. L’Afghanistan est composé de trente-quatre provinces, un système fédéral où chaque province a ses traditions, son fonctionnement, sa langue et l’Etat n’est pas suffisamment fort pour effacer les différences entre communautés. Sahera et Najiba expliquent aussi qu’en Afhganistan, on est d’abord membre d’une famille avant d’être un individu. Or les lois de la famille, les traditions, sont au-dessus des lois de l’Etat. Au Parlement de Kaboul, les 68 femmes parlementaires sur 249 essaient de faire changer les choses, petit à petit, et de faire évoluer les mentalités. Elles expliquent aussi qu’il ne faut pas confondre cette vision de la société, basée sur des traditions négatives, avec l’Islam.

Ecrire pour se libérer

Pour finir la matinée et avant la dégustation de délicieuses pâtisseries, Najiba et Toorpekaï nous lisent des poèmes en pachtoune puis en français, des poèmes sur l’amour, qui est interdit, des poèmes sur la vie quotidienne, des poèmes sur Malalaï, figure féminine de la résistance contre les Anglais au XIXe siècle et des landaï, courts poèmes de deux vers, non signés. Ainsi on peut dire ce qu’on veut. Pas d’auteur, pas de responsable. La poésie, c’est pour échapper à la prison de leur petite maison ou de leur burqa quand elles peuvent sortir dans la rue. « On écrit pour se libérer. »

 

 

 

Vers libres de Hora (ange) Spesaly

 

Une jeune femme dit :

Je suis comme tout le monde,

Je ne peux pas rester seule toute ma vie.

Quand je rêve, j’entends une voix qui me dit dans un soupir,

Dans un soupir : « Je t’aime. »

Dans ce rêve, je meurs de soif et ces paroles comme de l’eau sur ma bouche, me désaltèrent.

Après plusieurs nuits de ce rêve, je vais voir ma mère.

Maman, quand je rêve, j’entends une voix qui me dit dans un soupir,

Dans un soupir, « je t’aime. »

Dans ce rêve, je meurs de soif et ces paroles comme de l’eau sur ma bouche, me redonnent vie.

Alors je te le dis, si un jour à ton réveil

Tu ne me trouves pas dans la maison,

C’est que je l’ai rejoint celui qui soupire à mon oreille,

Je suis amoureuse de cet homme

Je ne peux pas vivre sans lui.

Et lui ne peut pas exister sans moi.

Je ne peux plus vivre dans les larmes

Je ne suis plus une enfant.

Je me dis que je vais le rejoindre.

Si on me tue, je serai la victime qui aura ouvert la voie pour les autres femmes.

Poème de Kamila (perfection)

 

Mon vœu, travailler, faire des études,

Etre dynamique,

Bâtir une vie pour moi et les autres,

Si mes frères, mes sœurs ont des problèmes

Pouvoir rester à leurs côtés pour les aider.

Je suis née libre et mon vœu et de le rester.

Je suis un être humain, quel humain m’a posé ces chaînes ?

Je ne peux pas rester ainsi,

À partir de maintenant je n’ai plus peur.

À partir d’aujourd’hui, je cesse de pleurer.

Si je pleure encore, si j’ai peur encore,

On me dira toujours : (tu es une) femme.

Il a des yeux celui qui m’ont attaché, moi aussi

Il peut user de sa force et hurler après moi,

Moi aussi j’ai de la force.

Je vais briser cette chaine, je vais sortir comme Malalaï

Je vais prendre mon drapeau, symbole de mon combat

  Et je réaliserai mon vœu.